Adèle

La 6666 de l’intérieur

 

La 6666 se court, elle est donc racontée par les coureurs. Mais les bénévoles vivent aussi cette magnifique épreuve, et c’est en tant que telle que je prends la plume pour relater la seconde édition de la 6666 Occitane de l’intérieur.

Fille d’organisateur, ça veut dire participer tout au long de l’année à l’évolution de l’organisation de la course, aux idées, au suivi des nouveaux inscrits, mais également aider aux derniers préparatifs d’avant-course, qui ne sont pas toujours amusants. J’ai, par exemple, découpé environ 650 morceaux de rubalise le jeudi…

Le lendemain fut tout de même plus agréable. Le vendredi 23 avril au matin, la place de Vailhan a été aménagée pour accueillir les presque 300 coureurs qui prenaient le départ. Installée dans la petite salle, à l’abri du vent et des nuages de poussière soulevés par les rafales, je cochais les numéros de dossard des participants qui arrivaient, prenais les cautions et les invitais à signer la décharge pour le règlement obligatoire. Ils arrivaient par petits groupes ou seuls, et assez espacés. C’est vers 18 h que la navette a débarqué, et qu’une longue file s’est formée. J’avais de l’aide heureusement, et tout s’est bien passé.

A 20h30, je suis rentrée manger un morceau à la maison (une cinquantaine de mètres plus bas), accompagnée de mon amie Alizée qui m’avait rejointe pour le week-end. J’entendais Ludo (le commentateur) qui s’égosillait sur la place, et la musique. Je n’ai jamais mangé aussi rapidement je crois, et d’ailleurs la semoule m’est restée en travers de l’estomac. A 21h05, nous avons laissé les assiettes en plan et nous sommes précipitées au départ.

Une très légère bruine perlait du ciel déjà sombre, petite introduction aux seaux d’eau qui allaient suivre. Les frontales allumées remplaçaient les étoiles inexistantes en cette soirée de fin d’avril. Il y a eu le décompte, et les coureurs sont partis, sous les applaudissements émus des accompagnateurs et spectateurs, tandis que la place vailhanaise retrouvait son vide habituel.

 

Mes grands-parents, qui font partie des quelque 35 résidents de Montesquieu, nous y ont emmenées, et nous avons pu voir passer les cinquante premiers au début du chemin à la sortie de ce minuscule village.

Il règne dans les courses une ambiance très particulière que j’adore. Surtout à l’UTMB, mais elle se retrouve sur toutes les autres. Etre sur le parcours et encourager les coureurs, les féliciter, c’est quelque chose de vraiment fort et plaisant.

Au bout de dix minutes- un quart d’heure environ, nous avons repris la voiture pour aller à Faugères, et j’ai dégusté pendant le trajet un gros sandwich au saucisson absolument délicieux, ainsi qu’un exquis morceau de chocolat. Je ne sais pas si c’est ça qui m’a donné mal au ventre par la suite, ou la dizaine de tucs que j’ai grignotés tout le long de la nuit…

A Faugères, comme l’année précédente, le groupe de musique les Méga Volts jouaient, et mettaient une ambiance festive dans le ravito. Renaud ROUANET est arrivé en tête, et s’est ravitaillé pendant qu’un caméraman le filmait. Les autres concurrents ont bientôt suivi, et Alizée et moi avons aidé. Il y a toujours quelque chose à faire sur un ravito : peler et couper des bananes, pommes, oranges, servir de l’eau, du coca, de la soupe, jeter les gobelets sales, découper du saucisson, du jambon, du fromage, compléter les assiettes de noix de cajou, d’amandes, noisettes, abricots secs… ou encore remplir les bouteilles d’eau.

Certains coureurs parlaient ou plaisantaient un peu, me demandaient si j’étais bien « la fille d’Antoine ». Il paraîtrait qu’on ait des « airs de famille ». Allons bon.

Il n’y a eu que deux abandons à Faugères. Le dernier est reparti à 23h52 . Après un rangement rapide de la salle, le départ des musiciens et un peu de blabla, c’est Laurence, une autre bénévole, qui nous a conduites, sa fille Eva, Ali et moi à Colombières. Là, il pleuvait des cordes.

 

Il a fallu installer le ravitaillement, et bien sûr organiser le rangement des sacs au fond de la pièce, ce qui n’était pas une mince affaire (et qui sera beaucoup mieux géré l’année prochaine, promis).

Cette année, j’ai pu dormir entre 3h30 et 6h30 (pas le cas de l’année dernière, et j’étais un vrai zombie le samedi), et n’ai donc pas assisté à la « Crise » que m’a racontée Papa par la suite : appel de Pascal BLANC et Guillaume MILLET en éclaireurs au Caroux, disant que le brouillard rendait la course impossible (pas de visibilité à 3 mètres) ; décision d’urgence de stopper la course à Mons et de baliser en vitesse le parcours de repli heureusement pensé à l’avance.

Bref, quand je me suis réveillée, les yeux encore lourds de sommeil et l’esprit comateux, Papa m’a annoncé ça en dix mots et trois secondes, pas plus, ce qui fait que je n’ai pas totalement compris. Donc je suppose que les coureurs ont dû être pris de court eux aussi.

 

Comme pour Faugères, j’ai aidé au ravito de Colombières, servant et discutant un peu avec les coureurs. Je n’ai pas vu le temps passer, tant il y avait d’occupation.  À un moment, un coureur m’a demandé un bol de soupe, que j’ai minablement renversé par terre. J’espère qu’il ne m’a pas vue, parce que c’est un peu honteux quand même…

J’étais un peu nauséeuse (vraiment, ce sandwich…), alors j’ai voulu prendre l’air. Je me suis fait tremper, mais au moins, ça allait mieux.

Seize abandons à Colombières.  Quand les derniers sont repartis, il a fallu nettoyer la salle… quelle galère. 300 paires de chaussures boueuses, ça laisse des traces. Les trois serpillères ont vite changé de couleur… et les visages aussi. C’est que ça donne chaud d’astiquer.

Enfin, vers midi et quelque, Ali et moi avons embarqué dans la voiture de Nathalie LLAGONE (une autre organisatrice), et nous avons rendu visite aux ravitaillements d’Olargues puis de Vieussan. Nathalie y faisait un tour pour vérifier que tout se passait bien, et moi je regardais mélancoliquement les rideaux de pluie qui barraient le paysage, si pimpant la veille encore.

 

Nous avons ensuite rejoint l’arrivée à Roquebrun. Après un bon repas sous les tentes protectrices, j’ai passé l’après-midi et la soirée à accueillir les arrivants, récupérant les puces, rendant les cautions, et offrant une polaire ou une bouteille de vin selon qu’il s’agissait d’un solo ou d’un relais. Chacun avait droit également à une bière. Tous semblaient très heureux d’arriver au terme de l’Occitane 2011, et beaucoup félicitaient l’organisation et remerciaient les bénévoles. Ça faisait vraiment plaisir ; le temps n’avait donc pas tout gâché…

La nuit est tombée, et un sommeil insidieux s’est lentement emparé de moi. Les coureurs arrivaient de manière très espacée à présent, et vers 22h30, on nous a annoncé qu’il ne manquait plus qu’un petit groupe, qu’accompagnait Pascal LLAGONE de Vieussan à Roquebrun.

 

Avec mes parents, Nathalie, Ludo et quelques autres (Ali est repartie dans l’après-midi), nous sommes allés manger le repas sous la tente.

Puis, confiant le pointage à un pompier, nous avons pu aller dormir dans un gîte du Campotel, mes parents, Nathalie et moi. Pascal ne devait arriver que vers 3h du matin passées.

A minuit 30, nous étions couchés, à 31 nous dormions tous profondément. Rien de tel que sept bonnes heures de sommeil pour se remettre d’aplomb.

Le lendemain, dimanche 24 avril, lever à 7h30 et retour sur l’esplanade de Roquebrun. Pendant que les quatre organisateurs étaient penchés sur leurs papiers, chiffres et données pour la remise des prix, je suis allée déjeuner sous la grande tente, dans les relents de saucisse qui imprégnaient l’air humide. Le ciel était couvert mais la pluie aveit cessé pour le moment.

Puis je suis retournée comme la veille à la remise des cautions, qui cette année faisait un peu office de buvette aussi. Michel POLETTI est venu à ma rescousse pour vendre cafés et thés, en attendant l’ouverture de la remise des récompenses.

Celle-ci s’est faite sous une fine bruine, qui a fini d’humidifier et de conclure ce beau week-end aquatique.

À l’année prochaine alors, sous le soleil de juin, le chant des cigales et le ciel bleu, qui composent la véritable atmosphère héraultaise…

 

Adèle GUILLON